WORKSHOP MENÉ PAR SYNDICAT D’INITIATIVES, REPRÉSENTÉ ICI PAR MARIE MOREAU ET STÉPHANIE RÉGNIER AUPRÈS DES ÉTUDIANTS DES ÉCOLES D’ART DE GRENOBLE ET BOURGES,
Du 28 février au 18 mars 2005
«Tous les concepts esthétiques, y compris le concept d’art lui-même, ne sont que des instruments qui doivent être mis à l’épreuve, et révisés lorsqu’ils ne parviennent pas à nous offrir la meilleure expérience possible .»
John Dewey
Syndicat d’Initiatives s’installera provisoirement en mars 2005 dans les écoles d’art de Grenoble et Bourges, invité par François Deck dans le cadre du séminaire « Art comme expérience comme projet ».
Ce séminaire invite des étudiants, des artistes, des enseignants, des chercheurs, des expérimentateurs à questionner ces notions d’expérience et de projet, à l’occasion de la parution en français début 2005 de l’ouvrage « Art As Experience » du philosophe américain John Dewey (…)

Art comme transformation ? Stratégies multiples
Les pratiques artistiques sont souvent utilisées par les acteurs institutionnels et politiques à des fins de pacification sociale et de marketing politique. Beaucoup d’artistes, dans un souci économique et par désir de notoriété, acceptent de jouer ce jeu politique. Il est aujourd’hui difficile d’échapper à la surenchère culturelle vantant le dynamisme de telle ou telle ville (entre autres exemples – » festival Novart » à Bordeaux, « Forum des cultures » à Barcelone, « Les nuits Blanches » à Paris, « Lille capitale culturelle européenne ») où se dessine le nouveau vedettariat artistique et culturel.
Face à cet état des choses, est-il encore envisageable d’aborder l’art comme un outil de transformation sociale – en ce sens qu’il serait le lieu de l’élaboration d’une pensée critique ?
Vers la création de nouveaux espaces publics ?
Vers la création de nouveaux systèmes de gestion de l’information ?
Vers la création de nouvelles formes politiques et relationnelles ?
Autour de ces questions, «syndicat d’initiatives» représenté ici par Marie Moreau et Stéphanie Régnier, installera un espace qui sera le lieu d’un travail de rencontres et de collaborations.
Quatre invitations prendront place dans cet espace, au cours desquelles nous proposerons d’expérimenter différents protocoles de discussion et de jeux. Ces temps permettront de dessiner nos pratiques respectives et les zones de transformations qu’elles désirent mettre en travail…
Syndicat d’initiatives est un projet collaboratif qui réunit depuis mars 2004 différentes personnes qui s’intéressent aux usages de l’espace public, à la notion de démocratie participative et à la place accordée dans notre société à l’initiative et à la participation. Le voyage est pour nous une méthode d’enquête. Nos différents déplacements nous amènent à cartographier le réseau informel de personnes, de lieux et de collectifs que nous rencontrons et qui travaillent à créer des zones d’expérimentations et de transformations sociales.
Un certain nombre d’outils seront activés à cette occasion :
– Le repère orthonormé
– une base de donnée sur les protocoles de débat
– une cartographie du réseau informel de collaborations autour des projets et déplacements de Syndicat d’Initiatives.
– une artographie de la zone de documentation pour le séminaire (autour de outil/expérience/critique/stratégies multiples)
– Des documents (vidéos, textes, classeurs, livres, photocopies) sur : hacklab, copyleft, creative commons, logiciels libres, squats, centro social, Critical Art Ensemble, macrolab…
Certains documents serviront plus particulièrement d’amorce à la réflexion :
– 1 documentaire de Philippe Simon : « Levé de Drapeau chez les papous filmé par un otage »
– 1 bande son d’un entretien de Chris Marker avec les grévistes de Sochaux qui donna lieu à la création du groupe Medvetkine.
– La projection d’un module du film de Peter Watkins « Le Voyage » accompagné d’une présentation de la coopérative Co-Errance.
– 1 texte de Jacques Rancière sur la critique.

Manuel de jeu pour un dispositif discursif incluant la présentation des travaux des étudiants :
Le repère Orthonormé
1/ Présentation Générale
Ce jeu propose d’expérimenter un mode discursif singulier.
Il propose de visualiser un mouvement critique pendant l’énonciation d’un discours.
Il s’appuie sur la représentation tridimensionnelle du schémas mathématique : le repère orthonormé.
Ce jeu peut être adapté par les utilisateurs suivant les axes du discours qu’ils souhaitent mettre en avant.
2/ Eléments du jeu
1 plateau de jeu : celui-ci contient 4 types de zones
– 1 terrain : l’espace du repère orthonormé.
– 4 zones de touches.
– 1 zone floue.
– 1 zone gradin.
Les joueurs :
1 « discoureur » à l’extérieur du plateau de jeu ou dans la zone gradin.
De 0 à 5 « acteurs » sur la zone terrain.
De 1 à 100 « témoins » sur la zone gradin.
Au cours du jeu, les « acteurs » peuvent devenir « témoins » et les « témoins » devenir « acteurs ».
3/ Règle du jeu
A – Présentation du Plateau de jeu, des différentes zones qui le composent et de leur fonctionnement propre :
Les axes ainsi que leur pôles peuvent être définies par les joueurs.
Le terrain est le lieu du repère orthonormé.
Il fait exister deux lignes perpendiculaires (axes). A l’extrémité d’une ligne (pôle) est inscrit un terme (une orientation/un concept) et à l’autre extrémité (pôle) de cette même ligne le terme inverse. De même pour la seconde ligne qui croise la première.
Nous prendrons ici l’exemple de la boussole : un axe Nord-Sud croise en son milieu un axe Est-Ouest. Je peux me placer sur le terrain représenté par ces axes pour représenter une position géographique. Par exemple je peux me placer plus ou moins loin du pôle Sud et plus ou moins loin du pôle Est pour exprimer si je me trouve au Nord-Est par rapport à un point qui serait énoncé. Le but étant que je me place le plus précisément par rapport à ces axes en rapport avec l’énoncé pour exprimer clairement ma position.
Les pôles (termes/orientations/concepts) pour chacune des deux lignes sont choisis par les initiateurs du jeux pour le sens qu’ils permettent de faire émerger en confrontation.
Les zones de floue sont des extensions du terrain, elles permettent aux acteurs de représenter leur interprétation du discours comme floue.
Les gradins ne représentent aucune position critique quand à l’écoute du discours.
B – Présentation des différents rôles/joueurs
Le discoureur :
Le discoureur est placé à l’extérieur du plateau de jeu (ou dans les gradins) et énonce son discours.
Tous les joueurs, qu’ils soient acteurs ou témoins, sont attentifs à ce qu’énonce le discoureur. C’est l’écoute du discours et l’interprétation qu’ils en feront qui déterminera leurs déplacement au cours du jeu.
Le témoin :
Le témoin est joueur, il se trouve dans la zone gradin. Il peut entrer dans le terrain à tout moment, par la zone de touche et devenir alors acteur (à condition que le nombre d’acteurs sur le terrain soit inférieur à 5).
S’il existe déjà 5 acteurs, le témoins devra attendre en zone de touche afin qu’un autre acteur échange son rôle avec lui.
Les acteurs :
Est acteur, tout individu qui entre dans le terrain ou sur la zone de floue par la zone de touche. L’acteur n’entre dans le terrain qu’à partir du moment où il souhaite interpréter ce qu’il écoute.
Les acteurs se déplacent en fonction du repère orthonormé. Ils se placent chacun (individuellement) à un endroit qui leur semble juste par rapport aux 4 termes (pôles) représentés. Leur position représente leur interprétation de l’énoncé en cours en confrontation aux 4 termes (pôles).
Lorsqu’ils souhaitent exprimer qu’un moment du discours leur semble flou, ils pourront se placer en zone floue. Dès qu’ils ne savent plus quelle position adopter, ils peuvent sortir par la zone de touche.
Sortie qui sera potentiellement utilisée par un témoin souhaitant entrer en jeu.
Les acteurs lorsqu’ils sont satisfaits de la position qu’ils ont prise sur le terrain peuvent la garder.
Les témoins peuvent interrompre le jeu pour questionner les acteurs sur leurs positions (le principe de cette interruption est encore à trouver).
Après l’interruption le discoureur reprendra le cours de son énoncé.
L’énoncé du discoureur ne devra pas durer plus de 15 minutes.
Les explications des acteurs ne pourront pas dépasser 5 minutes.
Fin du jeu /
Le jeu prévoit un temps assez long à sa fin, pour discuter des aspects de ce jeu (critique ?).
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Le mercredi 2 mars de 14h00 à 18h00
Jeu pour un dispositif discursif incluant la présentation des travaux des étudiants :
Le repère Orthonormé
La proposition que nous vous ferons ici représente fort les préoccupations dans lesquelles nous nous trouvons et qui tracassent nos positionnements personnels.
Il s’agit d’émettre un positionnement sur un discours présentant une expérience artistique ou poétique ; expérience que l’on appréhendera comme œuvre/pensée/projet.
Les axes du repère orthonormé que nous avons choisis sont ceux-ci :
Axe vertical : La résistance d’une forme
Axe horizontal : La création du public
Axe vertical : La résistance d’une forme
Une première ligne (axe) Nord-Sud représente la résistance d’une forme dans son contexte (à savoir son ou ses lieux d’existence) :
A son extrémité Nord, elle sera l’émergence de nouveaux possibles et mettra à mal les fabriques d’insignifiances.
A son extrémité Sud, elle risquera d’être détournée par les monopoles existants (Machine de séduction/devenir publicitaire de l’oeuvre)
Axe horizontal :
Une seconde ligne (axe) Ouest-Est représente l’idée de « public » que génère une œuvre :
A son extrémité (pôle) Ouest, elle propose un système de création autocentré, privé, qui s’expose à un public rendu spectateur. Sa force de transformation est symbolique.
A son extrémité (pôle) Est, elle propose une force de transformation co-élaborative, par une mise en œuvre partagée. Par là elle fait émerger un terrain rendu public et un potentiel de co-auteurité.
Ces lignes amènent des idées et des enjeux totaux, et leurs extrémités sont « extrêmes ».
Mais il existe le terrain.
Le terrain est l’espace de déplacements et d’interprétations que nous déploierons au cours du jeu.
C’est nous, par nos positions et déplacement dans l’espace du jeu qui tendrons ces lignes, les questionnerons, peut être même les supprimerons…
Le sens que soulèvent ses lignes sert de base au débat, dans l’idée de dessiner un mouvement critique par rapport à l’énoncé d’un(e) œuvre/pensée/projet…