CORRESPONDANCE EN TEMPS DE GUERRE

C’est l’histoire d’un amour, d’un couple séparé par la guerre, d’une petite fille qui grandit. C’est l’histoire d’une famille ordinaire prise dans le quotidien d’un territoire occupé, que l’on découvre à travers sa correspondance, de 1937 à 1946, entre Bordeaux, Nantes, Angers, Versailles et le Stalag 5C à Stuttgart.

C’est aussi l’histoire de rencontres et de films à venir, dans le cadre d’ateliers d’écriture et de réalisation.

NOTE D’INTENTION

Il y a une quinzaine d’années, je trouvais dans une brocante de rue, un sac poubelle rempli de lettres manuscrites. Ces lettres avaient été écrites par les membres d’une famille française durant la seconde guerre mondiale. Elles avaient été soigneusement gardées par une personne qui y tenait. Puis cette personne était morte et ses affaires avaient été jetées aux rebuts par un descendant indifférent ou par un vendeur de bien.

J’étais toujours émue lorsque je découvrais dans ces brocantes de bric et de broc, des portraits abandonnés aux chalands, de personnes ayant vécu, aimé, enfanté, ri, souffert… des portraits ou des photographies de groupe, de copains, d’amoureux, de familles, jetés sur le trottoir, abimés par la pluie, ou par les pas des passants indifférents. Des images à qui plus personne ne tenait, comme si le lien entre ceux qui y figuraient et leurs destinataires s’était un jour brutalement rompu.
Ces visages me paraissaient souvent familiers. Ils me racontaient une histoire, une époque, un passé pas si lointain.

Sans réfléchir je décidais d’acheter ce sac rempli de lettre, estimé par le vendeur à une quinzaine d’euros. Une quinzaine d’euros… voilà ce que coûtait cet amas de souvenirs qui ne m’appartenait pas !

En ouvrant le sac, je découvris que celui-ci contenait essentiellement des lettres échangées durant la guerre par une famille française. Une famille ni riche, ni pauvre, ni héroïque, ni traitre. Une famille « ordinaire » prise dans les tourments de la grande Histoire.

J’y découvris plusieurs vies. Celle de Germaine (tendrement surnommée « Mémaine » par ses proches), qui vivait à Bordeaux ; de son mari Roger dont on attendait le retour (il était détenu dans un camp de prisonniers en Allemagne) ; de la petite Yolande, leur toute jeune enfant ; de ses grands-parents maternels qui eux, vivaient à Nantes et subissaient les bombardements… et d’oncles, tantes, cousins, cousines, amis.
On y parlait beaucoup de nourriture, de rationnement, de colis remplis de vivres que l’on destinait à ses proches et qui mettaient trop de temps à leur parvenir. On y prenait des nouvelles, on y faisait part de ses inquiétudes, on y prodiguait aussi chaleur et tendresse. 



Je lus quelques unes de ces lettres puis, occupée par d’autres choses, je fermais ce sac à mon tour et l’enfermais dans un placard. Il me suivit dans mes déménagements successifs sans que je ne l’ouvre, jusqu’à récemment…
En parcourant cette correspondance à nouveau, il m’est apparu que celle-ci constituait une magnifique matière documentaire qui, en venant éclairer notre passé, éclairait notre présent en retour. Elle semblait en effet, entrer en écho avec notre histoire présente et mettait en lumière la manière dont nous communiquons aujourd’hui, la temporalité dans laquelle nous vivons, notre rapport aux images et à l’information, si différents d’alors.

J’ai pensé qu’il y avait là un belle matière à partager ; une matière à partir de laquelle penser, imaginer et créer. De là est né le désir de mener des ateliers d’écriture et de réalisation articulés autour de la thématique de la mémoire et de l’oubli, qui permettrait d’aborder différents sujets tels que la correspondance, le rapport aux archives, le vrai et le faux, le documentaire et la fiction, la manière dont la grande Histoire et la petite histoire sont liées, la manière dont l’intime et le politique se répondent et se retrouve souvent imbriqués…

LES ATELIERS

Je souhaite dans l’année à venir, développer une série d’ateliers croisant le champ de l’écriture et de la création sonore et cinématographique. Ces ateliers s’appuieront sur un matériaux particulier : des lettres échangées par les membres d’une famille française entre 1939 et 1945, relatant leur quotidien en temps de guerre ; et différentes archives photographiques et filmiques collectées au sein des Archives de Bordeaux Métropole et de Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine. D’autres fonds d’archives pourront être sollicités.

Ces ateliers pourront s’ouvrir à différentes structures éducatives, socio-éducatives et culturelles inscrites sur le territoire (établissements scolaires, médiathèques, cinémas, MJC, EHPAD…), et donner lieu à des moments de restitution pouvant prendre la forme de lectures, de projections, de rencontres, et de programmations de films en lien avec les thématiques abordées (par exemple, dans le cadre du Mois du Film Documentaire, ou en partenariat avec le CNC via le catalogue Images de la Culture).

Ces ateliers permettront de s’initier au montage suivant la pratique du found footage, à partir d’images et de sons provenant de sources différentes, afin de créer une œuvre nouvelle. Nous pourrons aborder la question de la construction dramatique, le détournement d’images, la mise en scène, le bruitage et l’enregistrement de voix off. Nous pourrons aborder également la question du rapport entre fiction et documentaire.

Les films fabriqués durant ces atelier pourront donner lieu à une restitution publique.
Des entretiens avec des personnes âgées ayant vécu la guerre et l’après-guerre, pourront être menées et donner lieu à la création de podcasts.


Une programmation de films en lien avec la question de l’archive, de la mémoire et de l’oubli, pourra être organisée en lien avec les cinéma partenaires du projet. 


MON PARCOURS

J’ai étudié les arts visuels à l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, la réalisation documentaire à l’Université Grenoble Stendhal et à l’Ecole du Doc en Ardèche, puis l’écriture de scénario à la FEMIS.
Je viens de terminer mon troisième long métrage documentaire, Le Silence du Musicien. 
Mes films ont été produits avec le soutien du CNC, des Régions Nouvelle-Aquitaine et Rhône-Alpes, de la SCAM, du département Dordogne, de la SACEM. Ils ont été programmés et primés par des festivals internationaux, diffusés à la télévision et sur des plateformes dédiées au documentaire d’auteur.

J’ai dirigé durant trois années la programmation artistique du festival Doc en Mai à Bordeaux. Et j’ai animé de nombreux ateliers de pratique artistique et cinématographique en collèges, lycées et écoles d’art. Comme, par exemple, en 2022, le projet Personnage-paysage, développé au sein du lycée agricole Armand Fallières à Nérac, dans le cadre du dispositif Résidence en Territoire mise en place par la Région et la DRAC Nouvelle-Aquitaine, sous la coordination de l’Alca. Cette résidence a donné lieu à la création de quatre courts métrages réalisés par les élèves d’une classe de terminale professionnelle, en lien avec leur professeur d’éducation socio-culturelle.

J’interviens par ailleurs dans différentes formations universitaires : à Angoulême au sein du Master « Création Documentaire » (CRÉADOC ) où j’ai mené cette année un atelier de réalisation intitulé Lettre filmée ; à l’Université Bordeaux Montaigne où je suis chargée d’enseignement en montage auprès des étudiants de la licence Cinéma ; au sein de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux où j’ai animé l’an passé, le workshop Exils intérieurs.

Inspirée par le documentaire de création, le cinéma de fiction autant que par les arts visuels et le cinéma expérimental, je privilégie dans mes interventions comme dans mes films, une approche sensible, sensorielle et poétique des sujets qui me préoccupent, avec une part importante accordée au travail du cadre et du son.


Stéphanie Régnier